La jeune femme regarda autour d'elle; un bon instinct la poussait à se rendre utile, à faire quelque chose pour son enfant malade. Mais elle ignorait tout de la maternité.

--Qu'est ce que je pourrais faire pour lui? demanda-t-elle, avec une sorte d'inquiétude nerveuse d'être appelée à une mission pour laquelle elle ne se sentait pas préparée.

--Rien, rien du tout, madame, répondit la vieille bonne. Nous nous arrangeons très-bien tout seuls.

Marianne se sentit offensée de cette réponse, bien que rien n'y fût destiné à la blesser. Avec un mouvement plein de hauteur, elle se dirigea vers le lit de sa fille; sa jupe longue et lourde traînait sur le parquet, le bruit fit ouvrir les yeux à Serge; une toux rauque le secoua violemment; il s'agita, se débattit, et tendit désespérément les bras. La Niania le saisit, lui mit la tête sur son épaule, le calma et le remit au lit au bout d'un moment.

Marianne regardait cette scène, et quelque chose de douloureux la mordait cruellement au coeur; c'est vers elle que Serge aurait dû tendre les bras! Mais elle n'allait pas s'imaginer d'être jalouse d'une bonne! Secouant cette pensée bizarre, elle écarta les rideaux du berceau de Sophie... Le berceau était vide.

--Où est ma fille? demanda-t-elle d'un ton d'humeur.

Toutes ces impressions nouvelles et désagréables lui faisaient monter à la tête une sorte de colère.

--Monsieur a ordonné de la transporter dans une autre pièce, afin que si le petit a une maladie contagieuse, sa soeur soit préservée.

Marianne baissa la tête, mais non pour cacher son humiliation; elle se recueillit pour savourer sa colère.

Comment! on se permettait de tels changements dans son intérieur sans la consulter, sans même lui en donner avis? Dournof n'aurait-il pas dû la prévenir?