--Pourquoi te retires-tu de si bonne heure? lui demanda son père, surpris de sa modération, elle toujours gourmande de plaisirs.
--Serge est malade, répondit-elle brièvement.
Son père la regarda avec étonnement.
--Tu ne m'en avais rien dit! fit-il d'un ton de reproche.
La portière de la voiture se referma sur eux; Marianne se précipita dans les bras de son père et fondit en larmes.
--Je suis une misérable femme, dit elle avec véhémence, une mauvaise mère, une... Mon enfant est très-malade, je quitte à peine le deuil de ma mère, et je n'ai pu résister à l'envie de voir le monde... je ne mérite pas de vivre!
Son père s'efforça de la calmer, et de lui prouver qu'elle était moins coupable qu'elle ne le croyait. Au fond, il ne pouvait supposer que l'enfant fût très-malade, car Marianne à coup sûr, ne l'eût pas quitté s'il eût été sous le poids d'un danger réel.
Comme ils arrivaient à la maison de Dournof, M. Mérof voulut monter pour avoir des nouvelles de l'enfant. Sur le seuil de la nursery, la toux déchirante, semblable à un aboiement, frappa leurs oreilles; Mérof s'arrêta frappé de terreur et aussi d'un douloureux souvenir: Il connaissait bien la terrible maladie qui jadis lui avait enlevé deux enfants.
--Le croup! murmura-t-il à voix basse.
Marianne se précipita dans la nursery, laissant la porte ouverte; sa robe s'accrocha à une chaise et la renversa sur le parquet avec un bruit qui fit tressaillir Dournof, mais elle passa outre, et se précipita sur le berceau en criant: