Une heure plus tard, elle entra dans la nursery vêtue d'un simple peignoir, décidée en apparence à remplacer Dournof dans sa douloureuse veille. Celui-ci, plein de pitié pour ce bon i mouvement d'une âme faible et égarée, la laissa s'installer au chevet de l'enfant; mais Serge refusa d'aller dans ses bras, il refusa la potion de sa main, ne voulut l'accepter que des mains de son père ou de la Niania.
Marianne, après avoir versé des larmes abondantes, voyant l'inutilité de ses efforts, se retira sur le canapé qui occupait un coin de la chambre, et s'y endormit bientôt. Les accès de toux de Serge la réveillaient en sursaut; elle se précipitait, égarée, chancelante, et retombait bientôt ensuite, les bras pendants, découragée, pour se rendormir...
Vers cinq heures du matin, Dournof s'approcha d'elle.
--L'enfant va mieux, dit-il, allez vous coucher, tâchez de dormir.
Elle se leva machinalement et obéit. Son mari la regarda s'éloigner.
--Pauvre, pauvre créature! dit-il tout bas; Dieu ne l'a pas créée pour la lutte...
--Ce n'est pas notre Antonine... murmura la Niania.
Dournof mit un doigt sur ses lèvres.
--Antonine était trop parfaite, dit-il au bout d'un moment, en se penchant sur son fils.
--Ce n'est pas notre Antonine, reprit la Niania, qui serait allée au bal, laissant son enfant malade. Ta femme, maître, n'est pas une bonne femme.