--On gagne de l'argent, là dedans? demanda M. Karzof d'un air de supériorité.
--On en gagnera certainement beaucoup.
--Eh bien, quand vous en aurez reçu, vous viendrez nous le faire voir, par curiosité! conclut le bonhomme en riant et en se tournant vers sa femme, qui se mit à rire avec lui.
Tout ceci était bien peu encourageant. Antonine, qui n'avait pas ouvert la bouche depuis l'arrivée de ses parents, leva les yeux sur Dournof pour voir comment il le prenait: il lui répondit par un sourire de bonne humeur et un clair regard plein de courage et de tendresse.
--Qui vivra verra! dit il aux époux Karzof. En attendant, seriez-vous incapables de donner votre fille en mariage à un homme décidé à se faire une fortune brillante et rapide, mais qui pour le moment posséderait peu de chose, outre sa bonne volonté?
--Seigneur Dieu! s'écria madame Karzof, que contez vous là! Donner Nina à un homme sans fortune, c'est cela qui serait de la folie?
Antonine se tourna vers sa mère.
--Même si votre fille l'aimait? dit-elle doucement.
--J'espère bien que, grâce au ciel, je t'ai assez bien élevée pour que tu n'aies pas de semblables fantaisies, répliqua la mère avec une aigreur qui ne promettait rien de bon; et elle jeta à Dournof un regard mécontent.
Celui-ci vit qu'il fallait parler. Il se leva.