--Monsieur et madame, dit-il, j'aime votre fille depuis deux ans; j'ai lieu de croire que je ne lui suis pas indifférent, et je vous certifie qu'avec moi elle ne serait pas malheureuse. Voulez-vous bien me la donner pour femme, avec votre bénédiction?
--Après ce que vous venez dire! s'écria madame Karzof; mais, mon ami, ce serait tout bonnement de la démence.
--De la folie! rectifia M. Karzof.
--J'avoue, reprit Dournof, que j'ai eu tort de plaisanter tout à l'heure, mais je suis certain d'un avenir brillant, et j'aurais plus de courage si Antonine m'aidait à l'atteindre en marchant auprès de moi dans la vie.
--Entrez dans un ministère, et nous verrons, dit la mère.
--Dans un ministère, jeune homme, ajouta le père, c'est là seulement qu'on parvient aux honneurs et à la fortune.
Il toucha de la main la croix de Sainte-Anne qu'il portait au cou à un large ruban, pour indiquer les honneurs, et promena un regard satisfait autour de son salon, pour faire allusion à la fortune. Dournof réprima un sourire de dédain.
--Si Antonine veut que j'entre dans un ministère, dit-il, je suis prêt à lui obéir. Dites, le voulez-vous?
Il s'adressait à elle avec tant d'amertume, que, sur le point de dire oui, elle eut peur de lui déplaire. Elle savait bien qu'il l'avait aimée pour sa patience, sa persévérance, son énergie morale, et qu'en se laissant aller à une faiblesse, elle déchoirait à ses yeux. Le coeur navré, elle se fit un visage tranquille, leva sur lui des yeux résolus et dit:
--Non.