--Dans la chambre de Serge; elle m'a chassée d'auprès de son lit. Le pauvre ange s'est mis à pleurer, elle l'a grondé...

Dournof n'en entendit pas davantage, et courut comme un fou dans la chambre de son fils.

Serge pleurait encore, mais ses larmes, arrêtées par la sévère réprimande maternelle, ne roulaient plus sur ses joues amaigries; un sanglot convulsif lui échappait de temps en temps, et ramenait une rougeur fébrile sur son pâle visage. Marianne, debout, tournant le dos à la porte, mesurait la potion du petit malade.

--Marianne, dit Dournof d'une voix si menaçante que madame Dournof tressaillit et laissa tomber la cuiller, Marianne, votre place n'est pas ici; allez vous amuser; la Niania et moi, nous veillerons sur l'enfant.

--Niania! cria Serge avec un accent plaintif, ma Niania!

Terrifiée par le regard de son mari, Marianne s'avança vers la porte; son mari s'effaça pour la laisser passer, et, lorsqu'elle fut sortie, il appela la vieille servante restée dans son cabinet.

--Mets-toi là, lui dit-il: tu me réponds de la vie de mon fils sur ta vie.

Sans répondre, la Niania reprit sa place, et, quelques instants après, calmé par ses paroles ou seulement par le son de sa voix amie, Serge s'endormait d'un paisible sommeil.

XXIX

La convalescence de l'enfant fut longue et dangereuse; les rechutes se succédaient et mettaient à tout moment son existence en péril; enfin, aux premiers beaux jours, Serge put sortir pendant les heures chaudes de la journée. La petite Sophie, sa soeur, préservée de la terrible maladie, venait à plaisir, aussi fraîche et aussi belle qu'on pouvait le désirer.