--Arrêter? dit amèrement Dournof, faire ramener par les gendarmes la femme qui a publiquement abandonné son foyer? Qu'y gagnerais-je? Qu'elle aille, la malheureuse, qu'elle suive sa triste destinée; elle n'était pas faite pour...

--Dournof, dit Mérof avec douceur, c'est ma fille!

Le jeune homme s'assit et reprit sa tête à deux mains.

--Voici ce qu'elle écrit, reprit Mérof, en remettant à son gendre une lettre ouverte qu'il lut machinalement.

"Chère père, disait la lettre, M. Dournof m'enlève maintenant l'affection de mes enfants, après m'avoir retiré la sienne, sans qu'il me soit possible de me trouver en faute. Malgré mes instantes prières, il a maintenu dans sa place une servante qui accapare tous mes droits; je ne puis le supporter.."

--Quelle est cette servante? demanda Mérof, espérant trouver quelque excuse à la conduite de Marianne.

--La Niania, répondit Dournof en haussant les épaules.

"Je ne puis le supporter, reprit-il en continuant sa lecture; je pars, accompagnée par un ami fidèle, qui n'a pu voir sans pitié la manière indigne dont je suis traitée chez moi; et j'emmène ma fille afin que, sur deux enfants que Dieu m'avait donnés, il m'en reste au moins un qui m'aime; j'ai laissé à mon mari celui qu'il préfère."

--Mais c'est de la folie! s'écria Dournof, quand il eut terminé. C'est de la folie, et de la plus dangereuse! Qu'elle aille où sa destinée la mène, la pauvre femme qui a gâté ma vie; mais ma fille! elle ne peut pas la garder avec elle.

--Elle ne la gardera pas longtemps, fit tristement Mérof; cette enfant la gênera bientôt...