--Maître, reprit la vieille servante, tu es triste? Dournof éclata d'un rire amer.
--Veux-tu que je me réjouisse? Tu as peut-être raison, car, à coup sûr, rien n'ira désormais plus fâcheusement qu'avant.
La Niania secoua la tête.
--Tu parles mal, répondit-elle; tu ne sais pas te soumettre à la volonté de Dieu.
--C'est vrai! s'écria Dournof je ne sais pas me soumettre! Mais aussi, pourquoi ce coup après l'autre? Pourquoi de ces deux femmes est-ce l'ange qui a succombé et le démon qui vit, et qui vivra pour mon malheur et celui de mes enfants?
--Tu blasphèmes, mon maître, dit sévèrement la Niania, les voies de Dieu sont impénétrables.
--Soit, répondit Dournof; mais, vois-tu, Niania, lorsque je pense à Antonine, je ne puis comprendre comment j'ai épousé Marianne.
La Niania inclina gravement la tête.
--Notre Antonine était un ange, dit-elle, et cependant elle a péché contre le ciel, en recherchant la mort avant son temps. Vous êtes impatients, vous au très jeunes gens, vous ne savez pas supporter la douleur; vous voulez que la vie soit toujours rose et gaie, et, lorsque le malheur vient, au lieu de le recevoir comme une épreuve destinée à vous rendre meilleurs, vous vous enfuyez comme des enfants peureux. Il faut être homme, accepter la vie telle que Dieu la donne, et s'y soumettre.
--Quand on le peut, murmura Dournof. O Antonine! j'aurais été si heureux avec vous!