--Jalouse? Et où donc dans ma conduite avez-vous l'ombre d'un doute, d'un simple doute?

Marianne releva fièrement sa tête repentante, et, indiquant du doigt le portrait d'Antonine.

--Ici, dit-elle.

Dournof regarda sa femme un instant d'un regard fixe qui la fit pâlir; puis, la saisissant brutalement par le poignet, il la précipita à genoux.

--Misérable, dit-il, misérable... Il essaya de parler, mais ne put trouver les mots qu'il cherchait; sa colère était si forte qu'il avait perdu le jugement.

Marianne, éperdue, restait à genoux; il lui lâcha le bras et la regarda, faisant un pas en arrière.

--Vous avez osé outrager une sainte! Oui, je suis coupable, vous avez raison; j'aurais dû toute ma vie rester fidèle au culte de cet ange envolé; j'ai failli, mais seulement le jour où j'ai cédé à vos séductions. Vous êtes la chair, vous, elle était l'esprit; vous n'avez rien de commun avec elle, vous n'avez jamais marché dans les mêmes sentiers. Il se détourna avec dégoût. Marianne profita de ce mouvement pour se relever. Sa feinte humilité avait disparu.

--Je vous offrais la paix, dit-elle d'un ton dur, c'est vous qui avez choisi la guerre, je l'accepte; mais maintenant vous êtes responsable de l'avenir. Je resterai ici, je vous en préviens, car, pour me chasser, il faudrait employer la violence, et vous n'oserez pas.

Elle sortit là-dessus; le bruit de sa robe traînante retentit un instant dans la pièce voisine, puis s'éloigna, et tout resta morne et Muet.

Dournof le prit la tête à deux mains. Tout chancelait autour de lui, mais il ne savait de quel côté tourner ses regards. Après un instant de la plus cruelle torture, il sonna. La Niania parut.