--Niania, dit-il, tu aimes mes enfants?
--Comme toi, mon maître répondit la vieille femme.
--Tu me jures de ne jamais les abandonner?
Pourquoi les abandonnerai-je? fit la Niania en haussant les épaules; quand je mourrai seulement, pas avant, bien sûr.
--C'est bien. Dis au cocher d'atteler.
--A cette heure? demanda-t-elle surprise.
--Oui, j'ai affaire. Et vite. Elle obéit en silence, comme toujours. Dournof, resté seul, se mit à son bureau et rangea divers papiers; il écrivit plusieurs lettres qu'il mit en évidence, dont une adressée à son beau-père. Puis il chercha dans un tiroir les lettres d'Antonine, les relut d'un coup d'oeil et les mit à brûler le dans la cheminée. Comme il jetait un dernier regard autour de lui, il aperçut le portrait de la jeune fille; aussitôt il le décrocha, retira la photographie de son cadre, et la joignit aux lettres déjà en cendres. Il regardait le papier se tordre sous l'action du feu; bientôt il ne resta plus qu'un monceau de cendres noires qui conservaient la forme du portrait, et où couraient des étincelles rouges. Quand la dernière étincelle eut disparu, il donna un coup de pincette dans les charbons ardents, et tout s'évanouit.
--La voiture est prête, vint dire la Niania.
Dournof fit un signe de tête.
--Tu vas loin, seul, la nuit? fit la Niania inquiète, s'il allait t'arriver malheur?