--Hein? fit madame Frakine ébahie.
--On me l'a refusée parce que je n'ai pas voulu entrer dans un ministère.
--Hein? fit une seconde fois la bonne âme, plus stupéfaite que jamais. Dournof ne put s'empêcher de rire.
--C'est comme je vous le dis; mais cela n'empêche pas les sentiments, n'est-ce pas, Antonine?
Sa position de prétendant évincé lui donnait une assurance nouvelle; il n'avait plus à craindre de se trahir, et éprouvait une certaine joie à s'avouer amoureux de la jeune fille.
--Eh bien! qu'allez-vous faire, mes pauvres enfants? dit madame Frakine en les regardant avec une bonté compatissante.
--Nous attendrons! fit gaiement Dournof. Personne ne les observait; il prit tranquillement la main d'Antonine et la garda dans la sienne sous le regard bienveillant et attristé de la vieille dame. Nous nous aimons assez pour attendre.
--Longtemps?
--Dieu le sait! répondit Dournof en rejetant ses cheveux bouclés en arrière. Allons valser, ajouta-t-il en se levant.
Il avait quitté la main d'Antonine; mais, sur le seuil de la porte, il lui passa un bras autour de la taille et fondit la foule des cavaliers restés sans dames, qui regardaient danser les autres.