--Ah! il y a du veau? dit Dournof avec cette bonne humeur qui ne l'abandonnait guère; qu'elle aubaine! Vous avez donc fait un héritage?

--Mauvais sujet! fit madame Frakine, ne va-t-il pas me reprocher ma pauvreté! D'où sortez-vous comme ça sans crier gare?

--J'arrive du gouvernement de T...

--Quand?

--Ce matin.

--Ah! fit Madame Frakine en dirigeant ses yeux ver la porte. Antonine, qui tenait le piano au moment de l'entrée de Dournof, venait de céder sa place à une autre martyre du devoir social, et paraissait sur le seuil.

--Repartirez-vous? demanda la vieille dame au jeune homme qui venait de s'asseoir dans un vieux canapé vermoulu, tout près d'elle.

--Non.

Antonine s'approchait, et, sans témoigner de timidité ni d'embarras, elle s'assit auprès de Dournof. Les dames causaient entre elles en prenant le thé, le jeune homme se pencha vers sa vieille amie.

--Savez-vous qu'on me l'a refusée tantôt? dit-il à demi-voix.