--Oh! nous ne sommes pas pressés, Dieu merci! Nous n'en sommes pas embarrassés... une enfant si douce, si aimante! telle que vous la voyez, elle ne m'a pas donné une heure de chagrin dans toute sa vie. Je ne crois pas lui avoir jamais adressé un mot de reproche!
--Que vous êtes heureuse, ma bonne amie! Je n'ai pas eu tant de bonheur avec mes filles; elles sont toutes mariées, à présent, je puis le dire, elles m'ont donné beaucoup de mal pour leur éducation. Mais dans le temps je parlais comme vous.
Les deux mères se mettent à rire de concert, mais il y en a une qui rit jaune.
--Nous voulons donner un bal la semaine prochaine, reprend madame Karzof d'un air un peu pincé; connaîtriez-vous quelques gentils garçons, des messieurs bien élevés, qui voudraient danser chez nous?
--Chez vous? Je crois bien, vous trouverez toujours bien autant de cavaliers que vous en pourrez désirer! une maison où l'on s'amuse tant! Je vous amènerai M., X., M., V., M., Z., etc; mais si vous ne voulez pas marier Antonine cette année, je ne vous amènerai pas M. Titolof.
--Et pourquoi, ma chère amie?
--Parce qu'il est amoureux fou de votre charmante fille. Il l'a vue au dernier bal de l'assemblée de la noblesse, et il a cherché toute la soirée quelqu'un pour se faire présenter... Malheureusement je n'étais pas là, et s'il a trouvé nombre de jeunes gens pour lui parler de vous et de votre famille, il n'en a pas rencontré d'assez sérieux pour qu'il le prit comme chaperon.
--Et! quelle idée! on se fait présenter tout de même. Quel âge a-t-il?
--Environ trente-cinq ans, je crois; il a déjà le grade de général civil et la croix de Sainte-Anne.
--Comme mon mari, s'écria ici madame Karzof; si jeune! a-t-il de la fortune?