--J'ai désiré me rapprocher de vous, mademoiselle, dit le général de sa voix melliflue; l'impression que vous avez faite sur moi est ineffaçable.

Antonine s'inclina légèrement comme pour dire: "En voilà assez!" Mais Titolof reprit:

--Je serais heureux que votre jolie bouche ajoutât une autorisation à celle que j'ai déjà reçue de madame votre mère...

Antonine regarda sa mère... hélas! l'autorisation n'était que trop écrite dans le sourire qui éclairait le visage de madame Karzof.

--Réponds donc, Nina! dit celle-ci. Elle est si timide! ajouta-t-elle en s'adressant au général.

--Je ne sais quelle est l'autorisation que ma mère vous a accordée, monsieur, dit Antonine, rougissant de sa propre audace.

--Celle de vous présenter mes hommages respectueux...

--Antonine! cria un peu trop haut Jean Karzof, on a besoin de toi ici...

La jeune fille fit un petit salut qui pouvait passer à la rigueur pour un acquiescement, et disparut en murmurant:

--Veuillez m'excuser.