--Ne jure pas, fit la Niania. Nul ne peut répondre de soi-même.

--Je jure, s'écria Antonine, en se prosternant devant l'image qui occupait un recoin de la chambre. Je jure ici pour la seconde fois de n'appartenir qu'à Dournof.

--Et moi, fit le jeune homme en lui pressant la main, je jure d'appartenir à Antonine jusqu'à la mort.

--Ce n'est pas bien, ce n'est pas bien! dit la Niania émergeant de l'ombre et secouant sa tête soucieuse. Il ne faut pas faire de serments! Viens, ma colombe, viens à l'église demander à Dieu pardon de ce péché Et toi, jeune homme, tu parles tantôt bien et tantôt mal: ton âme n'est pas encore délivrée des pièges du démon; nous prierons le Seigneur pour qu'il t'éclaire.

--Adieu, dit Antonine en se relevant docilement; adieu, mon fiancé, jusqu'à ce que la volonté de Dieu nous réunisse.

--Ce ne sera pas long, répliqua Dournof, d'une façon ou de l'autre...

--Jamais, répéta Antonine, jamais sans la permission de ma mère; elle m'a dit qu'elle maudirait mes enfants... jamais.

Il la reprit dans une étreinte suprême, mais sans chercher un baiser. Ces êtres purs et fiers craignaient de mollir. Ils se séparèrent; Antonine passa devant, et la Niania la suivit, après avoir fait le signe de la croix comme en quittant le lieu consacré.

Dournof, resté seul, regarda un instant la porte, qu'il ne songeait pas à fermer. Il lui semblait que tout son bonheur et tout le sang de ses veines étaient partis par là. Un frisson passa sur son corps, et il se décida à fermer cette porte.

Mais alors, il se sentit plus seul que jamais; il tomba sur le sol à l'endroit qu'avaient foulé les pieds d'Antonine, et pleura amèrement, lui qui n'avait encore jamais versé de larmes, même dans ses plus grandes douleurs.