--J'attendrai, répéta Antonine. Dès à présent je vous appartiens.

Il ne lui dit pas merci, ces deux âmes fortes s'étaient comprises sans phrases. Il serra fortement la main qu'il tenait, puis la laissa retomber.

--Il faut n'en parler à personne, n'est-ce pas? demanda la jeune fille en reprenant le chemin du logis.

--C'est à vous de le décider, répondit Dournof. Si vous pensez que votre famille m'accueille favorablement...

Antonine ne pût s'empêcher de rire; la nullité de son père et la frivolité bienveillante de sa mère lui inspiraient cette sorte d'affection qu'on éprouve pour des êtres irresponsables et dénués de bon sens.

--Ils ne vous accueilleront pas favorablement, dit-elle; attendons.

--Comme vous voudrez, répondit le jeune homme.

Ils atteignirent la maison sans échanger d'autres paroles.

De ce jour, madame Karzof n'eut plus à s'inquiéter de la santé de sa fille: Antonine avait repris sa gaieté sérieuse et les couleurs de ses joues roses. Seulement elle quitta peu à peu les ouvrages à l'aiguille de pur agrément pour les travaux plus solides. Elle voulut apprendre à tailler, à coudre, à repriser.

--Mon Dieu, quelle fille originale! disaient ses jeunes compagnes; quel plaisir peux-tu trouver à ourler des torchons?