Quiconque eut dit alors à la jeune fille que le suicide est un crime l'eût trouvée sourde. Elle ne voulait plus vivre et ne voyait pas plus loin; d'ailleurs la mort qu'elle avait choisie serait lente à venir; elle avait le temps de se repentir, et de demander pardon à Dieu de sa faute.

Une horloge sonna minuit dans la pièce voisine. Antonine ferma la fenêtre, rouvrit la porte et se coucha tranquillement. A peine était-elle au lit que sa mère rentra.

--Qu'il fait froid ici! dit-elle en serrant autour de son cou un châle jeté sur ses épaules. Tu ne fais pas assez chauffer, Nina; ta chambre est une véritable glacière! Te sens-tu bien?

--Très-bien, maman, merci, répondit la jeune fille.

--Tu étais très-jolie ce soir; voilà comme il faut t'habiller, et non comme une religieuse. M. Titolof était enchanté de ta beauté et de ton amabilité; je vois que tu es une bonne fille, malgré tes petits caprices. Bonsoir.

Elle se pencha sur sa fille pour l'embrasser. Tout à coup les deux bras d'Antonine s'enlacèrent autour de son cou.

--Vous m'aimez pourtant maman, dit-elle d'une voix émue.

--Certainement je t'aime! Est-ce que cela se demande!

Antonine ne répondit pas: son étreinte se resserra, et elle embrassa sa mère sur la joue.

--Bénissez-moi, maman, dit-elle à voix basse.