Sa mère la bénit, lui fit encore quelques caresses et la quitta. La Niania rentra aussitôt sur la pointe du pied.
--Eh bien, ma colombe, tu as fait la paix avec ta mère?
--Oui... la paix éternelle, répondit Antonine.
--Que tu as d'étranges paroles! Dieu seul peut te comprendre!
--Dieu seul! répéta Antonine rêveuse.
Une rougeur fugitive montait par moments à ses joues; des tressaillements involontaires parcouraient son corps et faisaient onduler la couverture. La Niania regarda son enfant avec une persistance qui lui fit détourner les yeux.
--As-tu sommeil, Niania? lui demanda-t-elle, pour détourner son attention.
--Non, répondit la vieille femme.
--Moi non plus. Assieds toi là,--elle indiquait le pied de son lit,--et raconte-moi quelque chose.
--Eh! que veux-tu que je te raconte? fit la Niania en s'asseyant sur le bord de la couchette étroite et basse. Une vieille servante comme moi n'a rien à dire à personne!