Titolof prit un air si grave que Karzof n'osa achever la phrase; il en commença une autre en se disant que peut-être par ce bout-là ce serait plus facile.
--Quand devez-vous quitter Pétersbourg, général? lui demanda-t-il d'une voix caressante.
--Mais la seconde semaine après Pâques, dans tous les cas, répondit le fonctionnaire d'un air morne.
--Hem... c'est fâcheux... C'est que, voyez-vous, général, je crains que notre fille ne soit pas rétablie pour ce moment-là.
Titolof sursauta comme si on lui avait foncé une aiguille dans le mollet.
Mais alors?... fit-il avec beaucoup de points d'interrogation dans le geste et dans la voix.
--Eh bien, oui, général! répondit Karzof en baissant la tête, comme si son chef immédiat lui avait infligé la plus énergique semonce.
--Comment, "oui!" Je n'ose vous comprendre, monsieur, car, si j'en croyais mes oreilles, vous reviendriez sur une parole donnée, et...
--Je ne reviens pas sur une parole donnée, dit Karzof redressant la tête, mais ma fille est malade, et le médecin lui défend les émotions, et le mariage est une source d'émotions, et dans les circonstances présentes... Enfin, si elle se rétablit promptement comme nous l'espérons, en aucun cas elle ne pourrait s'engager dans les liens du mariage avant quatre ou cinq mois; oui, quatre ou cinq mois, répéta Karzof avec complaisance, tout en pensant: Attrape! ça t'apprendra à me faire les gros yeux.
--Quatre ou cinq mois! Et moi qui dois être marié avant de partir, et il faut que je parte dans la quinzaine de Pâques! Vous auriez dû me dire cela plus tôt, fit-il en se tournant vers Karzof d'un air furieux.