En la revoyant, Philippe se sentit soudain porté comme sur un nuage: les aspérités de la vie disparurent à ses yeux, il ne vit plus que cette pièce harmonieuse à l'oeil, pleine de souvenirs paisibles et doux, où la figure de Catherine, claire et reposée, semblait attirer à elle toute la lumière éparse dans l'appartement. Il se sentit tout à coup joyeux et plein de confiance; sa gaieté gagna l'aïeule elle-même. Catherine se mit à rire comme un oiseau chante, parce qu'elle avait le coeur content, et la maisonnette fut pleine un moment du joyeux babil d'une matinée de printemps.

--Combien de temps restez-vous? dit madame Bagrianof.

Catherine, anxieuse, cessa de sourire et pencha légèrement la tête en avant pour mieux entendre la réponse.

--Huit jours seulement, répondit Philippe.

--Huit jours! répéta Catherine, c'est bien peu... Et vous viendrez nous faire la lecture comme autrefois?

--Certainement! s'écria le Jeune homme; puis, songeant à son père, il ajouta plus timidement: Je lâcherai.

--Il faut venir! insista Catherine. Grand'mère dit que je lis déjà mieux, mais je suis encore bien loin d'être aussi habile que vous!

Le soir même Savéli, suivant son habitude, se retira de bonne heure pour dormir, et Philippe courut à la maisonnette.

Le grand poêle de faïence remplissait la chambre d'une température de printemps; Catherine allait et venait, s'occupant du thé; rien n'était changé, Philippe sentit qu'il aimait cette maison de toute son âme.

--Je lirai la première, dit Catherine en se posant sur une chaise auprès du jeune homme comme une fauvette arrêtée un instant sur une branche. Vous me direz si j'ai fait des progrès, et puis vous lirez à votre tour.