Elle commença. Philippe resta stupéfait: elle s'était approprié sa manière de lire jusque dans les moindres détails. Il écoutait, se demandant comment elle avait pu l'imiter ainsi, et n'osant se demander pourquoi.
--Est-ce bien? demanda Catherine, posant le livre à la fin du chapitre, et regardant Philippe de son honnête regard d'écolière.
Tout à coup ses veux se troublèrent, ses paupières battirent.. La leçon était finie, l'enfant avait fait place ù la jeune fille.
--C'est très-bien, répondit le jeune homme sans savoir ce qu'il disait: vous lisez comme moi...
Madame Bagrianof se mit à rire à cette naïveté, et les jeunes gens l'imitèrent.
Les huit jours passèrent comme un rêve heureux. Philippe vit arriver te moment du départ sans avoir rencontré Catherine seule un instant, et partit le coeur gros.
XX
Seize mois s'étaient écoulés depuis sa dernière visite, lorsqu'il put revenir au village. Après avoir embrasé sa mère, il courut à la maison Bagrianof. Les buissons de lilas avaient grandi; les touffes de rosiers plantées par Catherine avaient poussé des jets énormes; la ruine s'effritait de plus en plus, et bien des briques tombées faisaient brèche dans la muraille; un bouleau, encore petit deux ans auparavant, agitait à dix pieds de hauteur son léger panache, et le gazon recouvrait presque tous les débris.
Philippe s'approchait à pas lents, regardant autour de lui, cherchant à se rappeler l'ancienne apparence de ces lieux changés sans qu'il pût s'expliquer pourquoi.
Derrière la maison,--du côté de la ruine,--s'élevait un petit bosquet d'acacias, de ceux qui croissent vite. Là Catherine s'était fait installer un banc de gazon.