Le soleil était couché; le ciel, bleu de lin, était tendre et pur comme les caresses d'un petit enfant; les arbres et les plantes s'endormaient, le parfum des fleurs de tilleul embaumait l'atmosphère.
--Catherine, dit tout bas Philippe, mon père arrive aujourd'hui dans la nuit.
--Vous pensez qu'il consentira?
--Oui, je le crois. Il faudra bien que j'obtienne son consentement, car sans vous, Catherine, je pourrais peut-être devenir un homme célèbre, mais je ne serais pas un homme bon.
Catherine lui serra la main sans répondre. Madame Bagrianof fit un mouvement.
--A demain, ma fiancée, murmura Philippe, et il sortit doucement.
Quand il eut descendu le perron, il se retourna. Catherine était restée à la fenêtre et le regardait. Il enjamba la plate-bande qui défendait l'abord de la maison et se rapprocha de la fenêtre.
--Je ne puis pas m'en aller ainsi, dit-il tout bas en prenant les mains de la jeune fille. Je suis trop heureux, il me faut encore quelque chose. Donnez-moi un baiser... le premier!
--Demain, répondit Catherine, quand vous aurez vu votre père.
--Alors j'aurai droit d'exiger comme fiancé: donnez-le-moi aujourd'hui, de bonne grâce.