--Non, dit la jeune fille, il faut que je reste ici; ma grand'mère ne pourrait pas supporter un nouveau changement d'existence. C'est vous qui viendrez vous fixer ici.
--Votre grand'mère ne voudra pas que vous épousiez un simple paysan, lui dit-il.
--Grand'mère? Elle voudra tout ce que je voudrai: elle m'aime tant!
--Et votre père?
--Il voudra ce que voudra grand'mère, dit Catherine d'un air entendu. C'est votre père qui ne voudra peut-être pas!
Philippe resta muet. Il n'avait jamais songé à cette éventualité Son père haïssait les Bagrianof, c'était bien certain, mais il n'avait jamais témoigné d'animosité particulière contre l'aïeule et sa petite-fille.
--Je le lui demanderai si bien qu'il ne pourra pas me refuser, répondit-il après un moment de réflexion Mon père m'aime par-dessus tout; il avait de l'ambition pour moi, il m'a laissé cependant embrasser une carrière en apparence peu relevée;--il ne sera pis moins bon quand il s'agira de mon bonheur.
Rassurés par cette idée, les deux jeunes gens ne s'occupèrent plus que de leur amour. Savéli ne devait revenir que vers la mi-juillet. Trois semaines restaient encore, qui furent pour eux trois semaines de paradis.
Un soir, Philippe accourut radieux à la maisonnette. Catherine n'était pas dans le jardin; il entra sur la pointe du pied dans la salle à manger. Madame Bagrianof, un instant réveillée, le reconnut et lui dit bonsoir, puis se rendormit doucement.
Catherine se retira dans l'embrasure d'une fenêtre; le jeune homme l'y suivit.