--Catherine, m'aimez-vous? dit tout bas Philippe. Je vous aime depuis que je vous ai vue.

Catherine se mit à pleurer et ne répondit pas. Philippe lui raconta alors tout ce qu'il avait éprouvé depuis le premier jour.

--Je ne suis qu'un paysan, lui dit-il.

Elle l'interrompit du geste: ce mot lui arracha le secret qu'elle eût peut-être encore essayé de garder.

--Un paysan? dit-elle quel noble seigneur pourrait valoir un paysan tel que vous?

--Je vaux donc quelque chose à vos yeux? dit humblement

Philippe.

--Plus que la terre entière, murmura Catherine en cachant son visage dans ses mains.

Pour ce jour-là, Philippe n'en demanda pas davantage.

Ils furent heureux de ce bonheur pendant quinze jours. L'avenir n'existait pas encore pour eux, le passé leur suffisait. Cette période de l'amour jeune et la plus douce de la vie humaine: ceux qui l'ont connue et dont le rêve s'est arrêté là sont peut-être les plus heureux! Mais bientôt Philippe ne se contenta plus de songer au passé; il lui fallut l'avenir pour étendre son amour plus à l'aise. Comment quitter le village sans emmener Catherine?