--Oui, grand'mère.

--Ta voix est toute changée qu'as-tu?

--J'ai mal à la tête.

--C'est cela: tu vois bien que tu aurais dû m'écouter, et ne pas sortir pendant la chaleur.

Et madame Bagrianof reposa sa tête sur le dossier de son fauteuil, pendant que Catherine apportait le livre pour la lecture de l'après-midi. Ainsi devait désormais s'écouler sa vie.

Philippe, en rentrant, chercha son père dans la salle à manger Ne l'y trouvant pas, il pénétra dans sa chambre.

Depuis que son fils l'avait quitté, Savéli était resté prosterné devant les saintes images. Le remords, pour la première fois, venait d'entrer dans son coeur: en voyant son fils adoré frappé par la faute paternelle, il avait compris la grandeur du crime. Le visage qu'il tourna vers Philippe était celui d'un vieillard; robuste et fier la veille encore, ce visage avait pris les rides et l'expression douloureuse de ceux qui se sentent trop vieux et qui désirent mourir; mais Philippe ne s'en aperçut point.

Savéli s'était relevé et se tenait devant son fils comme un criminel devant son juge.

--Adieu, mon père, dit le fils d'une voix glaciale.

--Tu t'en vas?... balbutia le malheureux colporteur. Où vas tu?