Le prêtre fit un signe affirmatif.

--Je pense que vous ferez bien de rester ici; mais pour cela il faut changer de conduite. Vous avez huit jours pour réfléchir.

Le prêtre s'inclina et rentra chez lui sans répondre. Sa femme, qui le guettait, accourut se jeter à son cou en pleurant... C'était une toute jeune femme de dix-huit ans à peine, blanche et rose, toute frêle, et visiblement fatiguée par sa grossesse avancée.

--Qu'est ce qu'il t'a dit, ce méchant homme? dit-elle à son mari en se serrant contre lui, toute craintive.

--Je crois, Marie, qu'il faut nous préparer à partir.

--Partir! Oh! mon Dieu! Et le petit qui n'est pas né! Et l'hiver qui vient! Si nous partons, où irons-nous?

--Je n'en sais rien, ma chérie, à la grâce de Dieu. Il prend soin des petits oiseaux du ciel. Il aura pitié de l'enfant qui va naître.

--Dis, Valodia, il n'y aurait pas moyen de s'arranger avec lui?... Tu le fâches, tu sais, quand tu vas contre ses volontés... Est-ce que tu ne pourrais pas?...

Le prêtre mit la main droite sur la tête de la jeune femme, presque enfant encore.

--Le devoir du serviteur de Dieu est celui des autres hommes, Marie, lui dit-il, et de plus il doit réprimer l'iniquité. Ne me parle plus jamais d'une chose semblable; c'est un péché. Regarde! ajouta-t-il en conduisant sa femme tout en larmes devant une gravure accrochée au mur, qui représentait la fuite en Egypte: s'il le faut, nous partirons comme eux, et, pas plus que l'enfant-Dieu, notre enfant ne manquera d'abri.