--O mon père, lui dit-elle, mon bienfaiteur, ordonne moi de mourir, mais ne m'ordonne pas d'abandonner Savéli!

Le vieillard allait répondre quand Savéli, fendant le groupe, s'avança et se prosterna à côté d'elle.

--Iérémeï Antipof, dit-il, tu me l'as donnée, ne me la reprends pas. J'ai ta bénédiction, tu ne peux plus me la retirer. Bénis encore une fois tes enfants.

La tête des deux fiancés toucha le sol à trois reprises; puis ils se relevèrent ensemble, et se tinrent debout devant le père.

--J'ai donné ma fille à un paysan, je ne l'ai pas donnée à un soldat, répondit le vieillard.

--Je ne serai pas soldat, je te le jure devant Dieu et tous les saints! Donne-moi seulement ta fille.

Le vieillard secoua négativement la tête.

--Eh bien! reprit Savéli devenu très-pâle, attends, pour lui défendre de me parler, que le seigneur m'ait livré. Je te pro mets de renoncer moi-même à elle, si je suis soldat; mais, jusque-là, attends, je t'en prie. Vois comme elle pleure!

La pauvre Fédotia pleurait en effet, le visage dans ses deux mains. La longue tresse de ses cheveux épais réunis, suivant la coutume des jeunes filles, en un seul faisceau lié par un large ruban, frémissait sur ses épaules secouées par les sanglots.

--Soit! dit enfin Iérémeï; mais si tu es soldat, tu ne l'auras pas.