--Dis-le, mon Savéli.

--Veux-tu partir avec moi? Je t'épouserai, je le jure devant Dieu qui me jugera;--le jeune homme fit le signe de la croix;--mais il faudra peut-être partir avec moi en secret,--la nuit,--pour que je ne sois pas soldat. Dis, veux-tu?

--Oh! Savéli, demande-moi tout, mais pas cela! fit la jeune fille effrayée. Partir ainsi, quitter mon père... Il me refuserai: sa bénédiction à son lit de mort, il dirait que je suis une méchante fille... Non, Savéli, demande-moi de mourir pour toi, mais quitter la maison, je ne le peux pas! je ne le peux pas!... répéta-t-elle avec un sanglot.

--Soit! répondit le jeune homme sans se troubler. Je pensais bien que tu ne voudrais pas; c'était un bon moyen pourtant, et je n'en vois pas d'autre.

--Que ferons nous alors? dit Fédotia, dont le coeur battait d'angoisse. Elle retira vivement la tête et écouta dans la chambre;--tout le monde dormait à qui mieux mieux. La tête blonde, à peine couverte d'un mouchoir, reparut sous le châssis retenu par sa main.

--Je ne sais pas, répondit Savéli en hochant la tête; mais je trouverai un moyen.

--Et si l'on demandait grâce au seigneur? dit timidement Fédotia.

--C'est ça qui serait une peine perdue! fit dédaigneusement Savéli; sois tranquille, il n'a jamais fait grâce à personne. Il faudrait un miracle. Je trouverai autre chose. Bonsoir. Donne-moi un baiser.

La jeune fille avança la tête en dehors, se pencha un peu, et les lèvres des fiancés se rencontrèrent.

--Bonne nuit, répéta Savéli, et il se dirigea vers son isba.