--C'est mon fiancé. Nous voulions obtenir de vous de nous marier à Pâques. Permettez-nous, seigneur, de nous marier, et faites grâce à Savéli!...
--C'est lui qui t'a envoyée? demanda Bagrianof sans rire.
--Non, maître. Il ne sait pas que je suis venue.
--Ah, c'est plus intéressant; mais, dis moi, pourquoi veux-tu que je lui pardonne, à ton fiancé? Je n'ai pas de raisons pour l'aimer, moi.
Fédotia ne put trouver de réponse. Elle chercha un instant puis, faute de mieux, elle revint à sa première idée.
--Nous vous bénirons jusqu'au dernier jour de notre vie! répéta-t-elle, le gosier plein de larmes.
--Je le veux bien lui pardonner, moi, dit Bagrianof, qui ne la quittait pas des yeux; mais il fait froid pour causer. Viens par ici.
Il la fit passer devant lui dans son cabinet. C'était une vaste pièce éclairée par deux fenêtres donnant sur la pelouse. Les meubles de vieil acajou étaient recouverts de cuir vert foncé. Un large divan occupait un angle de la pièce. Le bureau était couvert de journaux; Bagrianof lisait beaucoup et se piquait de libéralisme en ce qui concernait le destin des empires. Il ferma la porte. Fédotia, troublée, se tenait debout au milieu de la pièce.
--Ecoute, lui dit-il en prenant les deux mains, tu tiens beaucoup à ta grâce de ton Savéli?
--Oui, seigneur, plus qu'à tout au monde.