--Alors, pourquoi dit-on la messe?
--C'est un enterrement, balbutia la pauvre créature, tremblante d'angoisse.
--Le bienheureux trépassé se fait dire la messe? grand bien lui fasse! Ils ne sont pas si pauvres qu'ils veulent bien le dire, mes bons serfs, puisqu'ils se payent des messes! Laquelle de mes âmes est partie pour le céleste séjour?
--Ce n'est pas une âme, Daniel Loukitch, répondit madame Bagrianof, c'est une jeune fille.
On appelait alors âmes, en Russie, les hommes seulement. Les femmes, ne payant pas de redevance personnelle, n'étaient pas comptées dans la population.
--Une jeune fille? fit Bagrianof d'un air mécontent.
Il n'aimait pas à voir mourir les jeunes filles: c'était autant de perdu, puisqu'elles pouvaient se marier et donner de beaux enfants, qui deviendraient des âmes.
--Laquelle? ajouta-t-il par habitude de propriétaire.
--Fédotia Iérémeieva, dit-elle.
Bagrianof posa son journal sur la table et regarda sa femme.