--Non, dit il d'une voix calme, le serviteur de Dieu ne craint ni les pièges du méchant ni les embûches du démon.

--L'enterrerez vous après-demain matin avec une messe? Nous payerons ce qu'il faudra.

--Je n'ai pas besoin d'argent, répondit le prêtre, qui pensa à pendant à part lui combien sa pauvre maison était dénuée de tout, et quel besoin avait la jeune mère de choses fortifiantes: il sera fait comme vous le désirez.

Les paysans se dispersèrent lentement et regagnèrent leurs masures.

Le lendemain, pendant toute la matinée, les paysannes se succédèrent au logis de Vladimir Alexiévitch. Malgré leur pauvreté, elles avaient trouvé moyen d'apporter, qui des oeufs frais, une poule, un peu de miel de l'automne précédent, qui une brassée de laine, un morceau de toile, les plus pauvres une jatte de lait.

Le village remerciait ainsi celui qui venait de risquer ses moyens d'existence pour la justice et le bon droit.

Le surlendemain, vers dix heures, Bagrianof prenait paisiblement son thé en lisant les journaux de la semaine, lorsque le premier coup de cloche lui fit lever la tête. Sa femme pâlit sous le regard de son seigneur et maître. Elle savait ce qui s'était passé, et, depuis la veille, elle tremblait en pensant à ce moment redoutable. Elle fit un signe, et la petite fille disparut sans bruit.

Plus forte en sentant l'enfant à l'abri, madame Bagrianof attendit la question qui ne pouvait manquer. La cloche continuait à tinter pour la messe.

--Est-ce fête aujourd'hui? dit Bagrianof. Quelle date avons-nous?

--Le vingt-deux, répondit-elle. Ce n'est pas fête, Daniel Loukitch.