--C'est heureux pour toi que tu ne l'aies pas envoyée, car je t'aurais cassé les os avant de les lui casser, à lui!

Le prêtre entra dans la cabane peu d'instants après ceux qui étaient venus le chercher. Il remit au premier venu l'encensoir et l'encens, qui servent aux prières funèbres, et revêtit l'étole.

Il n'avait pas voulu emmener le diacre, jugeant inutile de l'entraîner dans la disgrâce qui suivrait probablement l'accomplissement de ce devoir.

L'encens fuma bientôt sur les charbons allumées et le prêtre commença les prières. Sa voix graves et mélodieuse scandait lentement les versets lugubres; le paysan qui tenait l'encensoir disait les répons connus de tous dans cette langue slavonne, aussi rapprochée du russe que le français du quinzième siècle l'est du français moderne.

En prononçant les paroles sacrées qui mentionnent l'autre vie et l'accueil qui attend les croyants par delà le tombeau, la voix du prêtre s'éleva plus pore et plus sonore; ses yeux levés au ciel voyaient, au delà du plafond bas traversé par les poutres noircies, le grand ciel bleu sombre parsemé d'étoiles, où l'âme blanche de la martyre s'élevait doucement vers le Sauveur des malheureux. D'une main pieuse il offrit l'encens au cadavre, puis, les prières terminées, il replia l'étole, reprit l'encensoir, noua le tout dans un mouchoir, remit sa pelisse et voulut partir.

--Merci, mon père, lui dit Iérémeï en lui baisant la main.

--Merci, mon père, dit Savéli en s'approchant aussi; quand l'enterrerez-vous?

--Quand vous voudrez, mes enfants.

--Vous n'avez pas peur?

Le prêtre jeta un regard sur la jeune morte, sur l'assemblée où la lueur vacillante des cierges laissait apercevoir confusément de nombreux visages tournés vers lui.