Le vieillard haussa les épaules.
--Peur de quoi? Est-ce que tout le monde ne sait pas que c'est un accident?
Savéli resta silencieux; il regarda attentivement sa hache, et l'essuya une fois de plus avec la peau de sa pelisse.
--Donne-la moi, dit Iérémeï, je vais la nettoyer avec la mienne, et je la reporterai chez toi. Tu fais bien de t'en aller: tu es jeune, va voir du pays; moi je suis vieux, quand même ils me prendraient, qu'importe à présent, je suis seul!
Il se jeta lourdement sur le poêle pour dormir.
--Père..., dit Savéli avec un silence.
--Quoi?
--Donne-moi ta bénédiction. Dans les pays lointains où je m'en vais, elle me portera bonheur.
Iérémeï se leva et vint faire le signe de la croix sur la tête courbée de Savéli. Celui-ci baisa la main du vieillard, la main qui avait mis le feu à la maison du maître.
--Que Dieu t'accompagne! dit le vieux paysan avec un soupir. Nous nous reverrons dans l'autre monde.