--Je suis le Dieu de la vengeance,--la vengeance n'appartient qu'à moi seul;--tu ne tueras point.
Ces trois phrases tombèrent sur la tête du coupable comme trois coups de hache; puis un silence suivit, interrompu par les sanglots du pénitent.
--J'ai tué, dit-il enfin, c'est vrai: que Dieu me le pardonne, il m'avait pris ma Fédotia, je n'ai pas pu le supporter. Ma Fédotia, c'était ma fiancée, je l'aimais depuis longtemps, elle était toute jeune, elle était belle, nous aurions été heureux ensemble... alors je l'ai tué,--non pas moi seul, mais...
--Ne parle pas des péchés des autres!
--Je l'ai tué..., et nous l'avons brûlé pour qu'on ne s'aperçût pas du meurtre. Pardonnez-moi, Seigneur gémit Savéli prosterné frappant la terre de son front.
--Te repens-tu, au moins? dit le prêtre toujours sévère.
Savéli releva la tête, regarda le confesseur et hésita.
--Te repens-tu? répéta celui-ci.
--Non, dit-il, si la même chose pouvait arriver deux fois, je recommencerais.
Le prêtre se leva:--Maudit! fit-il d'une voix profonde, tu mets au défi la miséricorde divine! Repens-toi sur l'heure, ou crains la colère du ciel! Il est là, celui que tu as tué, là!.,.--le prêtre indiquait du doigt la dalle du caveau où reposaient les Bagrianof,--ne crains-tu pas qu'il ne se lève et ne vienne t'accuser devant Dieu?