--M'accorderez-vous la faveur de vous reconduire ce soir? dit Maurice, avec cette voix richement timbrée qu'il n'employait point pour me parler à moi.

Suzanne secoua négativement la tête.

--Si vous osiez le déposséder de ce droit, dit-elle, mon vieux Pierre vous tordrait le cou sans cérémonie, comme à un poulet!

Nous causâmes encore quelques instants, puis Maurice se retira. Quand je fus seul avec Suzanne, elle vint se blottir dans un grand fauteuil, tout contre moi.

--Que dira M. de Lincy de cette visite? demandai-je non sans quelque inquiétude.

--Ce qu'il voudra, répondit ma fille avec dédain.

Je gardai le silence. Puis, poussé par le besoin irrésistible de rassurer Suzanne, je lui confiai ce que m'avait dit le docteur au sujet de ma santé.

--Alors tu n'es plus malade? Ton pauvre coeur ne bat plus comme l'an dernier? fit-elle avec une joie troublée.

--Non, je ne souffre plus du tout; je passe de bonnes nuits...

Elle m'enlaça dans ses bras, et je sentis des gouttes chaudes tomber sur mes mains et sur mon visage.