Le notaire fit encore deux ou trois tours:
--Et ensuite? dit-il en s'arrêtant devant moi.
--Ensuite? Que voulez-vous que je vous dise? Le roi, l'âne ou moi, nous mourrons, comme dit le fabliau; mais moi, vivant, je ne puis souffrir que ma fille soit malheureuse quand je puis acheter sa tranquillité à poids d'or.
--Et quand vous serez entièrement dépouillé?
--Sans doute alors il me laissera l'emmener quelque part où nous achèverons de vivre en paix, pauvres, mais heureux d'être ensemble.
--C'est de l'aliénation mentale! s'écria le digne homme. Je ne puis permettre à mes clients de dissiper ainsi leur fortune. Faites prononcer une séparation!
--Ce moyen me répugne, repris-je, mais en dernier recours...
--Non pas en dernier! en premier! Est-il possible que vous hésitiez un moment?
Il me démontra si bien les avantages de la séparation, que je restai ébranlé. Certes, il m'en coûtait-de voir ma fille, à dix-huit ans, condamnée pour toujours à ignorer les douceurs de la vie de famille et de la maternité; mais cette perspective, si triste qu'elle fût, était encore préférable à celle que, dans mon désespoir, j'avais évoquée: l'abandon de tous mes biens, pour obtenir la liberté d'avoir ma fille avec moi.
--Pourquoi tous vos biens? m'avait dit le notaire.