--Cousine Lisbeth, dis-je à haute voix, je vous amène la petite.
La cousine me regarda d'un air effaré, bondit à travers ses écheveaux de lin sans s'y prendre les pieds, et, pleine d'une ardeur juvénile, serra Suzanne dans ses bras.
--Mon Dieu! mon Dieu! dit-elle deux ou trois fois. Elle était si saisie que les paroles ne lui venaient pas. Elle aima mieux nous embrasser que de faire un discours. Quand elle eut renoué le fil de ses idées:
--A pied! dit-elle, et à cette heure-ci! Est-il possible! Attendez, je vais vous faire du café. Où sont vos bagages? Je vais appeler les filles... Je lui mis la main sur le bras.
--Cousine Lisbeth, ne faites pas de bruit; personne ne nous a vus entrer. Personne ne sait que je ne suis pas remarié. Suzanne passera ici pour ma femme.
--Et pourquoi, Seigneur Dieu? fit la cousine épouvantée.
--Parce que j'ai volé ma fille à son mari, parce que le lâche l'a frappée, parce qu'elle en serait morte, et que je veux qu'elle vive!
Les bras de Lisbeth retombèrent à son côté:
--Oh! la pauvre mignonne, dit-elle, c'est donc pour cela qu'elle est si pâle! Vous avez bien fait, cousin. On dira comme vous voudrez, mais je, vais toujours vous faire du café.
Quelle heure bénie que celle qui suivit! Suzanne, déjà remise par ce bon accueil, souriait doucement au fond du vieux fauteuil de tapisserie que Lisbeth avait traîné auprès du feu; une gerbe de flammes gaies et pétillantes, sans cesse avivée par les fagots que la cousine y jetait avec profusion, montait le long de la vieille cheminée luisante de suie: la cafetière de cuivre étincelait; la crème épaisse tremblait dans le crémier de terre brune, et Lisbeth allait et venait avec une activité prodigieuse. Tout à coup un rayon de soleil pénétra par la porte que nous avions laissée ouverte et tomba sur les cheveux d'or de ma fille. Lisbeth fit le signe de la croix, et ses lèvres muettes s'agitèrent un peu: