--C'est une vieille habitude, dit-elle avec un sourire en se tournant vers nous; chaque fois que je vois le soleil au lever du jour, il faut que je remercie le bon Dieu!
Et sa main vigilante ramena les tisons dispersés dans le foyer. Humble coeur, débordant de joie et de reconnaissance, elle trouvait moyen de remercier Dieu à toute heure du jour!
Quand Suzanne eut mangé quelques bouchées de pain, Lisbeth, qui s'était absentée un instant, revint tout essoufflée.
--La chambre de la petite est faite, dit-elle, j'ai mis des draps au lit; elle va aller se coucher.
Suzanne ne se fit pas prier. Elle monta sans faiblesse l'escalier de bois de chêne aux larges balustres noircis et polis par l'usage; elle entra dans la chambre gaie et claire, où les poutres du plafond étaient encore garnies de leurs chapelets d'oignons conservés pour l'hiver; me tendit son front que je baisai, et sourit à Lisbeth qui nous avait suivis...
--Ah! la chère petite, s'écria la bonne cousine, pauvre petite sans mère, qu'elle a dû souffrir pour avoir ces yeux-là!
Et Lisbeth, cachant son visage dans son tablier, s'enfuit en étouffant un sanglot. Suzanne ne pleurait pas:
--Nous serons bien ici, père, dit-elle. Je suis contente d'y être venue.
Je sortis en fermant la porte doucement. Je revins au bout d'un quart d'heure, elle était déjà endormie. Mais sur son doux visage la marque du soufflet se voyait encore en une ligne rouge. Je redescendis sur la pointe du pied, et j'allai retrouver Lisbeth.
--Eh bien! vous ne dormez pas? Votre chambre est pourtant prête aussi, dit-elle en me voyant entrer dans la laiterie où j'avais fini par la rejoindre, après l'avoir cherchée dans toute la maison.