XXXII
[Note du transcripteur: Il y a deux chapitres XXXII. L'erreur de l'édition source n'a pas été corrigée ici.]
Le soleil levant que j'avais dans les yeux me réveilla le lendemain. Je me levai et j'ouvris la fenêtre pour respirer l'air du matin.
--Père, fit la voix de Suzanne, viens ici.
J'entrai dans sa chambre, séparée de la mienne par une cloison de chêne, et je la trouvai dans son lit, accoudée sur son oreiller, rose, souriante, telle que je l'avais vue toute petite. La camisole de Lisbeth, trop grande pour elle, faisait mille plis sur son cou; ses mains fluettes sortaient à grand'peine des longues manches, et elle riait au travers de ses cheveux qui avaient repoussé son bonnet de nuit pendu à son cou.
--Père! dit-elle, c'est comme autrefois! Oh! que c'est bon!
Elle ferma les yeux, s'allongea de toutes ses forces dans le lit de plume rebondi, puis se repelotonna, avec son geste familier, et répéta: C'est bon de vivre!
Une joie immense m'inonda; faible et aveugle père, je n'avais pourtant pas coupé dans sa fleur cette jeune existence si pleine de sève. Elle pouvait encore trouver du plaisir à vivre! Sa chaîne était brisée, nous allions être heureux!
Elle avait sans doute deviné ma pensée, car elle ajouta:
--C'est à présent que je suis heureuse! Chère enfant! Je sentis que j'avais bien fait.