--Si grand qu'il soit, fit madame Gauthier, j'aime assez ma petite-fille pour le faire à son intention.
--Mais moi, son père, repris-je avec fermeté, je ne puis l'accepter. Non, non, ma chère mère; je serais un misérable égoïste. Vous m'avez parfois reproché d'être entêté, ma résistance ne doit pas vous surprendre. C'est mon dernier mot. Je pressais affectueusement les deux mains de ma belle-mère.--Permettez-moi, ajoutai-je, de vous remercier de cette bonne pensée; je vous en serai toujours reconnaissant.
Je serrai encore une fois ses deux mains légèrement récalcitrantes, et je les reposai sur ses genoux de l'air d'un homme bien décidé. Ma belle-mère resta positivement pétrifiée.
Un second silence suivit ma péroraison; mais cette fois je me sentais maître du terrain. Madame Gauthier se leva, toujours très-digne, rabattit son voile sur son visage et se dirigea vers la porte en disant:
--Votre fille sera la première victime de votre entêtement, mon gendre, et vous serez la seconde.
--Oh! chère mère, fis-je en souriant, car je devenais un profond diplomate; pour ne pas vouloir vous imposer une gêne de tous les instants, faut-il...?
Madame Gauthier me jeta un regard dédaigneux:
--Vous me croyez par trop bornée, mon gendre, dit-elle avec une certaine supériorité, --vous ne voulez pas de moi chez vous; ma foi, vous avez peut-être raison, car, à coup sûr, je ne voudrais pas de vous chez moi!
Elle sortit en me lançant cette flèche du Parthe, dard émoussé qui ne m'atteignit pas très-profondément. Cependant, comme elle ne manquait pas d'esprit, nous restâmes dans de bons termes. Mais au fond, tout au fond, elle ne me pardonna jamais complètement.