--Je suis désolé, commençai-je; nous allons quitter...
--Du tout, du tout, interrompit Vernex; la terre est au premier occupant; je suis venu trop tard. Tant pis pour moi. Mais si vous m'avez pris ma maison, où vais-je loger, moi? Il faudra que j'implore une grange... Ah! fit-il joyeusement, on m'avait bien dit qu'il y avait des Parisiens dans le pays, mais du diable si je pensais à vous, et dans ma maison encore!
Il se mit à rire avec cette bonne grâce familière et communicative qui lui était propre.
--Vous logerez dans notre maison, lui dis-je, vous me permettrez de vous offrir l'hospitalité sous votre propre toit?
--J'accepte de grand coeur! répondit-il, je vous remercie.
Nous n'avions plus rien à nous dire, le silence reprit de plus en plus embarrassant. Suzanne se leva, nous dit qu'elle allait s'occuper du repas et prit le chemin de la maison. Quand elle eut disparu:
--Je n'ai pas besoin de vous dire, fis-je en regardant attentivement Maurice, que nous vivons dans la retraite la plus absolue; j'ai volé Suzanne à M. de Lincy, et si celui-ci apprenait où nous sommes, c'est lui qui me la volerait à son tour.
Vernex me regarda, me tendit la main, et je compris qu'il ne nous trahirait à aucun prix.
--Les raisons qui m'ont fait prendre cette résolution suprême, poursuivis-je, vous sont sans doute connues?--Il fit un signe de tête. En ce cas je n'ai pas besoin de m'étendre sur ce pénible sujet. Vous me blâmez peut-être?
--Lincy est une fameuse canaille, dit Vernex pour toute réponse. Vous ne pouvez pas vous imaginer le mal qu'il s'est donné tout récemment pour prouver que vous et madame de Lincy aviez péri dans une catastrophe de chemin de fer. Il voulait hériter de vous deux, tout vivants!