Je n'avais rien à opposer à ce raisonnement.
--Epousez donc Félicie, mon ami, lui dis-je; je serai enchanté de vous voir mariés. A vrai dire, il y a une vingtaine d'années que vous auriez dû y penser.
--J'y avais bien pensé, monsieur, répondit Pierre dont le visage s'était épanoui; mais elle était un peu grognon; avec l'âge elle s'est amendée, ou bien peut-être c'est moi qui m'y suis accoutumé; mais je crois bien qu'à présent il n'y aura plus de bisbille entre nous.
--La demoiselle consent? dis-je avec une gravité comique.
--Oui, monsieur, elle consent, répondit Pierre, rayonnant d'aise. Elle va être bien contente quand je lui dirai que monsieur ne met pas d'obstacle.
Cinq minutes après, Félicie, rougissante comme si, elle n'avait eu que quinze printemps, vint me faire sa révérence; j'adressai un petit discours aux fiancés, et je les congédiai. Comme ils s'en allaient, une réflexion me vint:
--Dites donc, Pierre, comment vous marierez-vous? Nous n'avons pas six mois de domicile!
Les bras tombèrent au pauvre garçon, qui me regarda d'un air piteux.
--Combien avons-nous, monsieur?
--Quatre mois et huit jours.