--Asseyons-nous, lui dis-je; je voudrais causer un instant avec vous.
Il me regarda non sans quelque surprise, puis s'assit sur un rocher; j'en fis autant.
--Maurice, lui dis-je, vous voyez avec quelle amitié je vous parle, ayez confiance en moi, et oubliez que je suis un vieillard, un père. Causons comme deux amis. Je regretterai toujours que vous soyez arrivé quelques heures trop tard, il y a trois ans... mais...
Il m'arrêta du geste, secoua la tête d'un air désespéré et me dit d'une voix basse:
--C'est vrai, je l'aime!
Il se tut.
La lame brisait régulièrement sur le sable à quelques pas de nous; j'écoutais machinalement son bruit mesuré, et l'attente de ce bruit du flot me privait pour ainsi dire de ma puissance de réflexion. J'étais comme magnétisé, mon cerveau souffrait d'une si forte secousse. Je fis un effort violent pour secouer cette torpeur.
--Vous aime-t-elle?
Il fit un geste indécis. J'avais retrouvé mon énergie.
--Si elle ne vous aime pas, je vous en conjure, mon enfant, mon ami, partez! Partez aujourd'hui, ne la revoyez pas, ayez pitié d'elle! Si elle était libre, je vous la donnerais à l'instant, mais elle est enchaînée, vous ne pouvez que la perdre. Vous ne voulez pas la perdre, n'est-ce pas? Mon ami, je vous en supplie, ayez pitié d'elle et de moi.