Je bondis.

--A Paris? où?

--A la mairie du deuxième, monsieur, rue de la Banque, puisque c'est notre dernier domicile.

--Malheureux! m'écriai-je, vous nous avez perdus!

--Perdus, moi, monsieur, balbutia Pierre reculant de plusieurs pas.

Quand il se trouva acculé contre le mur, il resta les yeux fixes, les bras ballants. Je devais avoir l'air assez farouche, car il était littéralement muet d'épouvante.

--Oui, par votre bêtise! Vous et Félicie, vous êtes affichés rue de la Banque, n'est-ce pas? Eh bien, vous imaginez-vous que si quelqu'un a intérêt à nous trouver, il ne cherche pas vos traces, et en voyant vos deux noms, il ne devine que vous êtes avec nous? Ah! vous avez fait là un beau chef-d'oeuvre!...

--Que faut-il faire, monsieur? demanda le pauvre diable complètement anéanti.

Je restai anéanti aussi, pendant un moment qui dut lui paraître long. Tout à coup une idée me vint:

--Il faut courir après votre contrebandier, et lui dire de tenir une barque prête pour nous, afin que nous quittions le pays sans perdre un moment. Allez, dépêchez-vous! Payez, ce qu'on vous demandera, et dites que c'est une fantaisie de touriste. Mais allez donc!