Chaque jour, chaque heure, n'étaient-ils pas pour moi autant de larcins à mon destin cruel? Nos malles seront bientôt faites, ajoutai-je en souriant.

Maurice entra dans la maison, prit les pistolets et tout ce qu'il nous fallait, et nous nous dirigeâmes vers la cible. Au bout d'une demi-heure, nous nous arrêtâmes.

--Vous êtes plus fort que moi, dit Maurice. Jamais il ne manquait une occasion de me faire plaisir; mais, cette fois, je savais que ce n'était pas vrai.

Je secouai la tête, et, machinalement, je rechargeai les pistolets que je remis dans la boîte.

--J'ai perdu la clef, dit Maurice en cherchant autour de lui.

--Cela ne fait rien, répondis-je, il ne manque pas de petites clefs à la maison, nous en trouverons une.

Nous revînmes à pas lents. Le temps était gris, le vent soufflait par rafales. Déjà les jours précédents nous avions eu d'assez fortes bourrasques; la falaise était glissante; une sorte marée, la semaine précédente, avait roulé des blocs de rochers jusque sur le galet, au-dessous de nous; je frissonnais, un peu de froid, beaucoup parce que j'avais la fièvre intérieurement. Maurice s'en aperçut, ôta sa vareuse et m'obligea, malgré mes refus, à la garder sur mes épaules, pendant qu'il marchait dépouillé à mon côté.

--Quel fils, pensai-je, serait plus attentif, plus respectueux, plus tendre! Pourquoi faut-il que cet homme fait pour que je l'aime doive être mon ennemi, en me prenant mon enfant!

Nous rentrâmes aussitôt. Le vent soufflait en tempête et frappait de grands coups dans nos fenêtres. Pendant le souper il y eut un tel vacarme au dehors que je crus à quelque accident. C'était simplement un volet détaché qui frappait le mur. Le tonnerre se mit aussi de la partie, et, pendant une demi-heure, il n'y eut pas moyen d'échanger une parole.

Dès que le calme se fut un peu rétabli: