--Puisque vous avez amené vous-même ce sujet de conversation, mon gendre, poursuivit madame Gauthier, je vous dirai qu'à mon avis, il est grand temps de mettre Suzanne en pension.

--En pension! m'écriai-je en bondissant sur ma chaise.

--Eh! oui, en pension! On n'en meurt pas! Sa mère a été élevée en pension! Qu'avez-vous à me regarder de la sorte? Vous étiez-vous imaginé de faire à vous seul l'éducation de ma petite-fille?

A tant d'interrogations diverses, je reconnus que madame Gauthier avait préparé ses batteries de longue main. C'était d'ailleurs son système, et un autre se fût tenu sur ses gardes, mais je ne sais comment il se faisait toujours que je me laissais prendre au dépourvu.

Mon silence lui parut de la confusion, et elle continua, triomphante:

--J'ai parlé à une maîtresse de pension excellente, qui dirige à Passy une maison de premier ordre; c'est tout à fait le Sacré-Coeur, en plus petit; ce sont probablement ses élèves que vous avez vues aujourd'hui, et auxquelles Suzanne a fait cette impolitesse... Dans six mois, vous verrez comme elle sera changée!

--Je serai bien fâché de la voir changée, m'écriai-je hors de moi. Voir Suzanne pareille à ces petites femmes parfaites... j'en serais au désespoir, et puis grand merci pour votre succursale du Sacré-Coeur. C'était un coup monté alors, cette rencontre?

--Voyons, dit madame Gauthier, qui perdit beaucoup de sa hauteur, vous n'avez pas besoin d'employer les grands mots pour une chose aussi simple: et puis qu'est-ce que vous avez contre le Sacré-Coeur?

--Ce que j'ai?... Je me radoucis soudain en pensant que j'avais trop à dire pour l'épancher en une heure, et que par conséquent mieux valait le garder pour moi.--Je n'ai rien du tout, ma chère mère, repris-je avec aménité, et surtout je n'ai pas l'intention de mettre Suzanne en pension.

--Mais moi, mon gendre, mon intention à moi n'est pas que ma petite-fille...