--Ce soir peut-être, demain matin probablement. Je reviendrai. Je vous demande pardon de vous quitter ainsi; on m'attend et l'on souffre ailleurs.
--Allez, allez, docteur! lui dis-je machinalement. Vous voyez, je suis calme.
Il s'enfuit presque en courant.
Je fis un effort inouï pour composer mon visage, puis je revins lentement sur mes pas. Ecartant les rideaux de satin, j'ouvris la porte, et je me retrouvai en face de ma femme.
Elle était encore bien jolie, malgré les fatigues anciennes et la maladie récente, malgré la mort qui allait me la prendre. Au fond de ses grands yeux bleus qui me regardaient tristement, que d'expressions diverses, toutes plus chères les unes que les autres, se retrouvaient confondues! Que d'amour, que de regrets, que de prières! Et nous nous étions tant aimés... et nous n'étions mariés que depuis six ans!...
--Qu'est-ce qu'il t'a dit? murmura ma femme pendant que je me penchais sur elle, couvrant de baisers timides son front et ses cheveux noirs, si doux, si longs, dont les tresses roulaient jusqu'à ses genoux sur le drap brodé.
--Il m'a dit que ta fièvre va tomber, ma chérie, lui dis-je en continuant à l'embrasser afin qu'elle ne vit pas mon visage; je me sentais très calme cependant, et, sinon résigné, au moins prêt à tout.
--Oui, répondit-elle tout bas, et comme à elle-même; et quand la fièvre sera tombée, je m'en irai.
Un petit piétinement derrière une porte placée auprès du lit me coupa la parole. La porte s'ouvrit, et notre fille Suzanne entra sur ses deux petits pieds encore incertains.
--Maman! dit-elle avec un cri d'oiseau qui revient au nid, maman et papa! voilà!