De ses toutes petites mains gantées de moufles en laine, elle serrait sur sa poitrine un bouquet de lilas blanc. La bonne qui la suivait me dit que, depuis le moment où elles étaient entrées clans le magasin de fleurs, Suzanne n'avait pas permis qu'on touchât à son offrande.

La petite fille s'était avancée jusqu'au bord du lit de sa mère qui lui souriait... et de quel sourire! La vieille bonne détourna la tête et se sauva tout à coup dans la pièce voisine.

--Je veux embrasser maman! dit Suzanne, en tendant les bras.

Je la soulevai, et je l'assis sur le bord du lit. Elle n'avait pas donné à sa bonne le temps de lui ôter sa toilette de promenade. Les petites bottes de fourrure blanche, les guêtres, la robe d'étoffe moutonnée, le petit chapeau de fourrure, toute cette blancheur lui donnait l'apparence d'un flocon de neige tombé du ciel. Elle saisit à pleines mains le bouquet de lilas et le déposa sur la poitrine de sa mère.

--Pour toi, lui dit-elle. C'est Suzanne qui l'a acheté.

Elle fit un demi-tour, se mit à quatre pattes sur le lit, et se précipita au cou de sa mère. J'étendis les bras pour épargner à ma pauvre femme la secousse trop brusque.

--Laisse-la, dit-elle, cela ne fait plus rien. La petite fille couvrait de baisers délicats les cheveux et le visage de sa mère. Elle cherchait une place pour chaque baiser, et souriait après l'avoir déposé bien doucement. Elle fit ainsi tout le tour du pâle visage dont les yeux s'étaient fermés sous ses caresses.

--A papa! dit-elle ensuite en me tendant les mains.

Je la pris dans mes bras, et je reçus aussi ma part de baisers. Ma femme avait rouvert les yeux, et de grosses larmes roulaient lentement le long de ses joues. Je déposai l'enfant à terre.

--Va dire à ta bonne qu'elle te mette une autre robe, dis-je à Suzanne.