--Enfin, dit-elle, nous verrons bien, venez toujours.

Une heure après, pendant que les filles d'un côté, les garçons de l'autre chantaient,--assez faux, je dois l'avouer,--les cantiques d'usage, ma belle-mère et moi nous nous trouvions côte à côte sur des bancs de bois peu commodes, mais tout à fait évangéliques par leur nudité. J'admirais en moi-même cette simplicité, digne des premiers âges de l'Eglise, et propre à écarter les idées mondaines, quand un sacristain vint s'excuser de cette installation provisoire, et nous prévenir que la semaine suivante nous aurions des chaises.

Je regrettai les bancs de bois, mais pour le principe seulement.

Le catéchiste monta en chaire et récita une instruction, fort bien faite du reste. Dès les premiers mots, ma belle-mère, comme toutes les dames qui nous entouraient, avait ouvert son portefeuille, arboré du papier blanc, et s'était mise à écrire fiévreusement. Malgré les pauses habilement ménagées de l'orateur, ces dames prenaient une peine énorme. On n'entendait que le froissement des feuilles de papier vivement retournées, les coups secs des crayons et le bruissement des soieries chiffonnées dans le mouvement rapide des manches sur le vélin.

J'observais ce spectacle avec le désintéressement du sage: Suave mari magno, lorsque je saisis un regard éploré de ma belle-mère.

--Qu'y a-t-il? lui dis-je aussi bas que possible.

Elle me montra piteusement son cahier, où des lambeaux informes de phrases couraient les uns après les autres sans pouvoir se rattraper.

--Ah! voilà! pensai-je, ce sera moi qui devrai faire les analyses! Enfin, c'est pour m'instruire que je suis venu!

Je pris le crayon, le petit portefeuille, dont la senteur trop prononcée me donna la migraine; je pris des notes succinctes, mais assez coordonnées pour aider la mémoire.

--Voyez un peu, dis-je à ma belle-mère en sortant, de quels moyens le Seigneur se sert pour arriver à ses fins!