Elle me jeta Un regard de blâme, et pourtant, me sourit agréablement.

--Vous me permettrez au moins, lui fis-je observer, de changer le portefeuille, car je serais voué aux migraines à perpétuité.

XI

Ceci n'était que le commencement. Restait le véritable travail, la mise en oeuvre des documents recueillis dans ce précieux portefeuille. Avec la conscience qui présidait à nos actions, le soir venu, j'installai Suzanne devant mes notes, et je lui dis de faire le résumé,--ce qu'on appelle l'analyse,--de l'instruction qu'elle avait entendue. De mon côté, je pris un journal, et je m'absorbai dans la politique.

Au bout d'un quart d'heure, n'entendant pas la plume grincer sur le papier, je levai les yeux. Suzanne avait fourré ses dix doigts dans l'épaisseur de sa chevelure blonde et frisottée, de sorte qu'elle m'apparaissait au sein d'un nimbe vaporeux. Son front blanc était plissé par la méditation; ses deux coudes, arc-boutés sur la table, soutenaient, comme Atlas, le poids de ce jeune cerveau. Elle présentait l'image du labeur obstiné et infructueux.

--Eh bien? fis-je en déposant mon journal.

--Je n'y comprends rien! fit-elle d'un air désespéré, mais avec son énergie habituelle.

--Rien?

--Pas grand'chose. Ce matin, pendant l'instruction, il me semblait avoir compris, mais à présent voilà de grands mots, des belles phrases. Je ne pourrai jamais sortir de là.

Je pris le cahier de notes;--Suzanne avait raison, elle ne sortirait jamais de là. Ce genre de travail n'est pas de ceux que peuvent exécuter des intelligences de onze à quatorze ans; il faut être rompu aux difficultés de l'analyse et du compte rendu pour discerner dans un discours les points qui méritent d'être notés et ceux qui ne sont que du développement.